Cet ouvrage nous invite à la découverte d’une ville inconnue : Saint-Etienne. Qui sait, par exemple, que Saint-Etienne, loin d’être un bourg né de la Révolution industrielle, était la seconde ville de la Généralité de Lyon sous l’Ancien régime ? Si presque rien ne prédisposait la vallée du Furan à abriter une grande agglomération, des générations d’artisans ont forgé une ville à la forte identité. Au XVIe siècle, la croissance des industries de l’arme et du ruban est déterminante. Une véritable ville prend forme. C’est l’ « atelier du royaume », consacré au moment des guerres de la Révolution et de l’Empire, courtisé par Lyon. La Révolution ouvre les portes de Saint-Etienne qui prend la tête au début du XIXe siècle de la première région industrielle de France. C’est le temps de l’innovation technique (le chemin de fer), mais aussi architecturale (l’immeuble bourgeois à cour) - bien avant Hausmann - et surtout d’un essor économique et démographique considérable capable de s’adapter au gré des crises. Ce développement profite surtout à la bourgeoisie rubanière et il faudra attendre les années 1950, à la veille du déclin, pour que les logements insalubres commencent à disparaître. Saint-Etienne n’est plus une ville noire et se pose aujourd’hui pour ses habitants le problème de la gestion d’un patrimoine architectural des XIXe et XXe s. redécouvert et de la relance d’activités traditionnelles restées vivaces. Saint-Etienne, c’est un esprit remarquablement bien représenté par le négociant Marcellin Allard et sa « Gazzette françoise » à la fin du XVIe s. : toute une culture - celle de l’objet, du concret et non de l’écrit. Même dans sa cuisine, le Stéphanois « vit de bonne soupe et non de beau langage ». L’architecture est de même soumise à l’activité économique ; la poésie locale est étroitement liée au mouvement ouvrier. Mais par leur caractère artisanal, les industries de l’arme et du ruban sont à la crête de l’art et de l’industrie. Philippe Chapelin |